“Nous appelons à une relance des dépenses publiques d’investissement”

Dans un  entretien accordé au Journal des Communes, le président de Syntec-Ingéniérie, Nicolas Jachiet, explique les incidences de la baisse des investissements des collectivités locales. Répercussions sur l'emploi, dégradation des ouvrages (bâtiments, routes...). En un mot, il est temps que les investissements repartent à la hausse.

Le 11 octobre dernier, la Cour des comptes publiait son rapport sur les finances publiques locales. Elle y soulignait en particulier la baisse des dépenses d’investissement des collectivités locales. Pour Syntec-Ingénierie, la fédération professionnelle qui rassemble les sociétés d’ingénierie exerçant une activité d’assistance ou d’études techniques, d’ingénierie, de conseil en technologie, de contrôle ou d’inspection, une telle annonce doit avoir son importance. En effet, les entreprises que vous fédérez interviennent dans les domaines de la construction (bâtiment, infrastructure, environnement, ferroviaire, eau), autant de secteurs pour lesquelles les collectivités locales activent la commande publique.


La Cour des Compte explique que les dépenses d’investissement des collectivités risquent, sinon de continuer à décroître, du moins de stagner. Est-ce risqué pour les entreprises de votre secteur ?

L’ingénierie est une profession dynamique qui regroupe des secteurs d’activités variés. Dans les domaines des infrastructures et du bâtiment, les sociétés d’ingénierie sont les partenaires directs des collectivités : elles travaillent main dans la main avec les maitres d’ouvrage publics pour étudier, concevoir et mettre en œuvre les ouvrages qui structurent nos modes de vie. Une baisse de l’investissement pèse donc directement sur le volume de l’activité des sociétés d’ingénierie de construction (infrastructures et bâtiment). Rappelons ici que l’ingénierie est un secteur créateur de richesses et d’emplois : elle emploie 350.000 personnes et recrute 30.000 ingénieurs chaque année. De surcroit, elle entrave la conception et la conduite de projets d’envergure ou novateurs et freine ainsi la capacité d’innovation des sociétés d’ingénierie.

 

Si l’on prend un point de vue plus large, est-ce que les conséquences de cette décrue des dépenses d’investissement peuvent avoir des répercussions sur les ouvrages (réseaux, chaussées, bâtiments) ?

L’investissement public joue un rôle fondamental dans l’entretien et la modernisation de notre patrimoine bâti et d’infrastructures. Les bâtiments et les infrastructures que nous utilisons au quotidien(de transports, d’eau, d’aménagement urbain, de fibre optique, etc.) dépendent directement, pour une très large part, des collectivités. Ils doivent donc faire l’objet de financements réguliers pour être optimisés ou ne serait-ce que pour être entretenus. Or, beaucoup de nos infrastructures sont déjà vieillissantes ! Sur les 906.000 km de réseaux d’eau potable, 50% datent de plus de 40 ans, 16% des chaussées de réseau non concédées sont en mauvais état, au moins un pont est mis hors service chaque jour sous l’effet d’un manque d’entretien (publication de la FNTP sur l’investissement public en infrastructures), 20% des services de réseaux d’eau potable ne respectent pas le rendement seuil réglementaire (5ème rapport de l’observatoire des services publics d’eau et d’assainissement de l’ONEMA qui porte sur l’année 2013) et 4.000 kilomètres de voies ferrées sont ralenties pour des raisons de sécurité (Les Echos, 7 novembre 2016) Sans relance de l’investissement, c’est donc la qualité de notre patrimoine construit qui est mis en péril. Et avec lui, les leviers de notre dynamisme économique et l’attractivité de nos territoires et modes de vie.


On pense également à l’engouement pour les smart-cities. Cela concerne de près Syntec-Ingénierie. Comment peuvent faire les collectivités pour relever ce défi si elles ne relancent pas leurs investissements ?

Les citoyens appellent de leurs vœux une ville connectée, inclusive, collaborative et intelligente. Autant de qualités qui vont de pair avec une densification et une complexification des projets urbains. Les sociétés d’ingénierie, qui sont expertes dans le management de projets transversaux complexes et multidisciplinaires sont en capacité d’accompagner les villes dans cette mutation. Néanmoins, elle ont besoin pour ce faire que les pouvoirs publics nationaux et locaux mobilisent pour les territoires des moyens importants, lisibles sur le long terme, et relancent l’investissement. Autrement, l’on prend le risque de se limiter à des démarches sympathiques mais anecdotiques ou élitistes alors même qu’il faut réduire les inégalités de services et enrichir les fonctionnalités et usages urbains.


Pour Syntec-Ingénierie, la solution serait donc et évidemment une relance de ces investissements ?

Nous soutenons en effet une relance des investissements publics. Notre conviction est que les dépenses d’investissement ne doivent pas être la variable d’ajustement des dépenses publiques. L’effort sur les dépenses de fonctionnement est indispensable. Les collectivités sont aujourd’hui confrontées à un défi majeur : il leur revient d’édifier la ville de demain, une ville inclusive, intelligente et connectée avec des moyens budgétaires de plus en plus contraints. La mission de l’ingénierie est précisément de travailler main dans la main avec les territoires, de leur apporter une expertise indépendante des fournisseurs et des constructeurs et de mener à bien des projets qui minimisent les coûts et les risques et maximisent les retours sur investissement sur le long terme. Aujourd’hui, nous sommes néanmoins arrivés à un seuil critique. C’est pour cela que nous appelons à une relance des dépenses publiques d’investissement.

 

 

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