Évaluation des politiques cyclables : les villes battent la mesure

La mesure des fréquentations cyclables est un outil dont se saisissent de plus en plus de collectivités, en particulier depuis l'amélioration des systèmes de comptages dédiés. Le 23 janvier, trois métropoles ont partagé leurs retours d'expérience lors de la rencontre nationale du Club des villes et territoires cyclables, qui a rassemblé une petite centaine de personnes, dont des élus et cadres de collectivités territoriales.

La position d’Emmanuel Roche est claire : “Ce qui n’est pas compté ne compte pas”. Ce responsable vélo de Chambéry Métropole est intervenu, le 23 janvier, lors de la rencontre nationale du Club des villes et territoires cyclables, sur un enjeu en vogue, celui de l’évaluation des pratiques du vélo. Cette communauté d’agglomération dispose d’une dizaine de compteurs automatiques. “J’encourage d’autres collectivités à en mettre en place. Et à ne pas tarder pour le faire car une fois posés, il faut du temps pour en tirer des enseignements ! En termes de coût, cela revient à 5 000 euros par capteur fourni et posé, hors frais de maintenance”, détaille ce technicien.

 

Des ordres de grandeur

Distinction entre les déplacements pour des loisirs ou des motifs utilitaires, impact des vacances et de la météo : les chiffres livrés mettent en évidence de grandes tendances de fréquentation, en comptabilisant des passages. “Cela donne des ordres de grandeur. Pour qu’ils soient lisibles, mieux vaut les lisser sur douze mois. Et rester vigilant aux dysfonctionnements. Gare à ce qu’on peut faire dire aux données qui sont mal exploitées”, prévient Emmanuel Roche. “Une chose est sûre, lorsque des aménagements dédiés sont réalisés et que la place accordée à la voiture est réduite, la fréquentation vélo augmente”, rebondit Mathias Vadot, de l’association Droit au vélo (Adav). L’Adav travaille avec des communes comme Béthune (Pas-de-Calais) et réalise des cartes de “cyclabilité” où les cyclistes notent des rues et routes en fonction de leur accessibilité à vélo. “Le traitement de ces discontinuités dans les trajets, causées par des “points durs” qui rendent difficiles le franchissement d’un pont ou un rond-point, est au cœur du plan vélo qui vient d’être voté début décembre par la métropole de Lille”, ajoute Elodie Vanpoulle, chargée de mission mobilité-modes actifs pour cette collectivité, qui s’est dotée d’une vingtaine de points de comptage automatique.

 

L’expérience lyonnaise

“En complément de l’enquête ménages déplacements (EMD), onéreuse et réalisée tous les dix ans, nous disposons pour notre part de quatre types d’outils”, raconte Mathieu Meylan, responsable du pôle conduite d’opérations vélo du Grand Lyon. Il y a d’abord les données issues du système de vélos en libre-service (VLS) Vélo’v. Elles montrent un service en progression depuis dix ans et utilisé par 13 % des habitants de Lyon et Villeurbanne : “Ces chiffres crédibilisent, notamment auprès des élus, le rôle du vélo en tant que mode de transport urbain”. Un baromètre mobilité est aussi effectué tous les deux ans, pour l’ensemble des mobilités, auprès de 2 200 personnes. Auquel s’ajoutent des comptages manuels réalisés dans des endroits différents et à des heures représentatives. “Ce baromètre est notre indicateur historique. Alimenté depuis 1999, il montre une nette évolution de la pratique du vélo, qui était très masculine et sportive à une époque, et devient plus mixte et utilitaire aujourd’hui. Enfin, nous déployons un système de comptages permanents qui permettra d’évaluer la proportion des vélos sur certains axes par rapport aux véhicules motorisés. Et donc de mieux se comparer aux villes de l’Europe du Nord qui pratiquent les choses ainsi”, poursuit Mathieu Meylan. D’ores et déjà, sur des voies bien connues des Lyonnais, telles que le cours Gambetta ou les berges du Rhône, le vélo représenterait un tiers du trafic. C’est beaucoup, pourtant cela se voit peu car le vélo est un mode discret. Chiffrer cela permet de rendre palpable une réalité”, conclut-il.

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